Procès Bozizé : la CPS juge l’ex-président centrafricain par contumace
Le procès de François Bozizé s’est officiellement ouvert ce lundi devant la Cour pénale spéciale (CPS) de Bangui. L’ancien président de la République centrafricaine, âgé de 79 ans, comparaît par contumace — il est actuellement exilé en Guinée-Bissau et refuse de rentrer au pays pour faire face à la justice.
Des crimes commis à Bossembélé entre 2009 et 2013
L’acte d’accusation est lourd. Bozizé est poursuivi pour crimes contre l’humanité présumément commis dans la ville de Bossembélé, à environ 180 kilomètres au nord-ouest de Bangui. Sur une période de quatre ans, des meurtres, des actes de torture, des disparitions forcées et des viols auraient été perpétrés sous son autorité ou avec sa complicité directe. Les victimes sont nombreuses, et leurs familles attendent depuis plus d’une décennie que la justice se prononce.
C’est la première fois que la CPS, créée en 2015 avec le soutien des Nations unies, juge un ancien chef d’État centrafricain pour de tels crimes. Un signal fort, disent certains observateurs. Mais un procès sans accusé dans le box des prévenus soulève aussi des questions légitimes sur sa portée symbolique et judiciaire.
Un accusé absent, une justice quand même en marche
Bozizé a dirigé la Centrafrique de 2003 à 2013, année où il a été renversé par la coalition rebelle Séléka. Depuis, il a tenté plusieurs fois de revenir sur la scène politique nationale, sans succès. En 2021, sa candidature à l’élection présidentielle avait été rejetée par les autorités électorales en raison précisément des poursuites judiciaires qui pesaient déjà sur lui.
Son absence au procès n’arrête pas la procédure. La CPS a la compétence légale pour juger par contumace, conformément à son statut fondateur.
« Les victimes ont attendu trop longtemps. Ce procès, même sans l’accusé présent, leur donne enfin une tribune pour que leurs souffrances soient entendues et reconnues », a déclaré un responsable du greffe de la Cour.
Des victimes qui espèrent une reconnaissance officielle
Pour les familles des victimes de Bossembélé, l’ouverture de ce procès représente bien plus qu’une formalité juridique. Certaines ont perdu des proches dont elles n’ont jamais retrouvé les corps. D’autres portent depuis des années les séquelles physiques et psychologiques de violences que nul n’avait encore jugées. Elles sont désormais parties civiles dans la procédure.
Les audiences devraient se dérouler sur plusieurs semaines. Des témoins seront appelés à la barre, des expertises médicales et forensiques versées au dossier.
Une CPS sous les projecteurs internationaux
Ce procès place la Cour pénale spéciale centrafricaine au centre de l’attention internationale. And c’est précisément ce que ses fondateurs espéraient : montrer qu’une juridiction hybride, associant magistrats nationaux et internationaux, peut traiter les crimes les plus graves. Yet le vrai test sera le verdict — et surtout, ce qu’il adviendra de Bozizé s’il venait un jour à rentrer en Centrafrique.
