Imane Ayissi, pionnier de la haute couture africaine à Paris
Il a fallu attendre 2020 pour qu’un créateur originaire d’Afrique subsaharienne entre officiellement au calendrier de la haute couture parisienne. Ce créateur, c’est Imane Ayissi. Le styliste camerounais revient aujourd’hui sur ce parcours hors normes dans Grande Couture, un entretien approfondi mené par la journaliste Fatimata Wane.
De Yaoundé aux podiums parisiens
Né à Yaoundé dans une famille d’artistes — son père était musicien, figure reconnue de la scène camerounaise — Imane Ayissi grandit entouré de créativité. Mais c’est par le corps qu’il commence. Danseur formé dès l’adolescence, il arrive en France à 17 ans pour intégrer le monde du spectacle. La mode vient ensuite, presque naturellement. Il devient mannequin, défile pour des maisons prestigieuses, observe, apprend. Pendant près de quinze ans, il accumule un savoir rare avant de lancer sa propre griffe.
Son admission au calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode en janvier 2020 marque un tournant historique. Pas seulement pour lui. Pour tout un continent.
Des tissus africains portés à leur juste valeur
Ce qui distingue Ayissi des autres créateurs installés à Paris, c’est son obsession pour les textiles africains traditionnels. Bogolan du Mali, kente du Ghana, raphia du Cameroun : il les intègre dans des silhouettes résolument contemporaines, taillées selon les codes de la haute couture européenne. Un dialogue entre deux mondes qu’il revendique sans complexe.
« Les savoir-faire africains n’ont rien à envier à ceux de Lyon ou de Calais », a déclaré un responsable de la Fédération de la Haute Couture lors de la présentation de sa première collection officielle. Et c’est précisément ce qu’Ayissi démontre collection après collection.
Il travaille directement avec des artisanes et artisans locaux, souvent des femmes, dans plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest. Un engagement qui va bien au-delà de l’esthétique.
Rompre avec les clichés
Dans Grande Couture, Ayissi ne mâche pas ses mots. Il parle d’une industrie de la mode longtemps aveugle à l’Afrique, sauf pour en tirer des inspirations sans jamais en créditer les sources. Il raconte les portes fermées, les regards condescendants, les remarques bien intentionnées mais réductrices.
Son combat est aussi culturel. Il veut montrer une Afrique diverse, raffinée, historiquement riche — pas celle des safaris ou des strass ethniques recyclés chaque saison par des maisons occidentales.
Encore aujourd’hui, il reste le seul grand couturier issu d’Afrique subsaharienne à figurer dans ce calendrier officiel. Un seul, sur la soixantaine de membres que compte la Fédération.
Une nouvelle génération en embuscade
Son parcours ouvre pourtant une voie. Des jeunes créateurs africains, formés à Dakar, Lagos ou Abidjan, regardent vers Paris avec d’autres ambitions qu’avant. Ayissi le sait et le dit : son rôle n’est pas seulement de créer des robes, mais de rendre le chemin un peu moins escarpé pour ceux qui viendront après lui.
