Justice française : Abomangoli (LFI) dénonce une institution « clochardisée »
La justice française est en crise. C’est en tout cas le message martelé par Nadège Abomangoli, députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, lors de son passage dans l’émission Mardi politique sur France 24. « La justice s’est clochardisée », a-t-elle lâché, sans détour. Une formule choc qui résume, selon elle, des années de sous-investissement chronique dans l’un des piliers de la République.
Des chiffres qui donnent le vertige
La France consacre environ 73 euros par habitant à son système judiciaire, contre une moyenne européenne dépassant les 100 euros selon les données du Conseil de l’Europe. C’est peu. Et ça se voit. Les délais de traitement des affaires civiles dépassent souvent 18 mois dans certains tribunaux de grande instance. Les greffiers, en sous-effectif chronique, croulent sous les dossiers. Abomangoli a cité le cas concret de justiciables qui attendent parfois trois ans avant qu’un juge aux affaires familiales ne statue sur leur situation.
Still, le gouvernement défend ses arbitrages budgétaires. Un responsable du ministère de la Justice a indiqué que « des efforts significatifs ont été réalisés ces dernières années, notamment avec la loi de programmation 2023-2027 qui prévoit un doublement progressif du budget de la justice. » Reste à savoir si ces promesses se traduiront en réalité sur le terrain.
Une attaque politique assumée
Abomangoli n’a pas caché ses intentions. Son intervention s’inscrit dans une stratégie plus large de LFI qui entend faire de la question institutionnelle un axe central de son discours pour les prochaines échéances électorales. But la députée a tenu à préciser qu’elle ne parlait pas seulement au nom de son parti. « Ce sont les magistrats eux-mêmes qui le disent, ce sont les avocats qui le crient », a-t-elle insisté.
Et elle n’a pas tort sur ce point. L’Union syndicale des magistrats avait tiré la sonnette d’alarme dès 2021, avec une tribune signée par des centaines de professionnels du droit dénonçant un « état d’urgence » dans les palais de justice.
La Seine-Saint-Denis, symbole d’un désert judiciaire
Difficile de parler de justice sans évoquer la circonscription même d’Abomangoli. Le tribunal judiciaire de Bobigny, l’un des plus chargés de France avec plus de 100 000 affaires traitées par an, manque cruellement de moyens humains et matériels. Des salles d’audience vétustes, des logiciels informatiques obsolètes, des magistrats qui avouent en off ne plus pouvoir « rendre une justice digne ».
C’est un tableau sombre. Et il touche directement les citoyens les plus précaires, ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des années de procédure.
Et maintenant ?
La balle est dans le camp du gouvernement. Avec le projet de loi de finances 2025 en cours d’examen, les arbitrages budgétaires à venir diront si la justice reste ou non une priorité réelle. LFI a annoncé qu’elle déposerait des amendements spécifiques pour abonder les crédits alloués aux juridictions. La mobilisation des acteurs du monde judiciaire pourrait, cette fois, peser dans la balance.
