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Homosexualité en Afrique : la criminalisation gagne du terrain

La carte des persécutions s’élargit. Près de trente pays africains criminalisent encore les relations homosexuelles, et la tendance, loin de s’inverser, s’accélère. C’est dans ce contexte tendu que le Journal de l’Afrique consacre son nouveau Focus à la situation des personnes LGBT+ sur le continent, avec en plateau Fatimata Wane, qui reçoit Waly Sissoko, président délégué de l’association Afrique Arc-en-Ciel.

Des lois de plus en plus sévères

L’Ouganda a frappé le premier. En mai 2023, le pays a promulgué l’une des législations anti-LGBT+ les plus dures du monde, prévoyant la peine de mort dans certains cas de relations homosexuelles. Depuis, d’autres États ont emboîté le pas ou durci leur arsenal juridique existant. Au Ghana, un projet de loi adopté par le parlement en 2024 prévoit jusqu’à trois ans de prison pour toute personne s’identifiant comme LGBT+. En Éthiopie, au Sénégal, en Tanzanie, les peines oscillent entre plusieurs années d’emprisonnement et la prison à vie.

Et ces textes ne restent pas lettre morte. Des arrestations, des descentes de police dans des domiciles privés, des « tests » humiliants imposés à des suspects — la répression est concrète, quotidienne, brutale.

Des militants qui résistent malgré tout

Still, des voix s’élèvent. Waly Sissoko, à la tête d’Afrique Arc-en-Ciel, fait partie de ceux qui refusent de se taire. Son association accompagne des personnes LGBT+ contraintes à l’exil, souvent vers l’Europe, parfois vers d’autres pays africains jugés moins hostiles, comme l’Afrique du Sud — seul État du continent à reconnaître le mariage homosexuel depuis 2006.

« On ne parle pas d’une minorité abstraite. On parle de fils, de filles, de voisins, de collègues qui vivent dans la peur chaque jour », a déclaré un représentant d’une organisation internationale de défense des droits humains basée à Genève.

Le militantisme se fait discret, souterrain, parfois codé. Mais il existe.

Le rôle crucial de la diaspora

C’est souvent depuis Paris, Londres ou Montréal que la bataille se mène le plus librement. La diaspora africaine joue un rôle de relais essentiel : elle finance des associations, documente les abus, fait pression sur les gouvernements européens pour qu’ils conditionnent certaines aides au respect des droits fondamentaux. Une pression diplomatique qui reste timide, inconstante, et que beaucoup jugent insuffisante.

Clémence Waller, journaliste au Journal de l’Afrique, dresse dans ce même numéro un état des lieux précis des droits LGBT+ sur le continent. Son enquête rappelle que sur 54 pays africains, seuls quelques-uns, dont le Cap-Vert et les Seychelles, ont dépénalisé l’homosexualité ces dernières années.

Quelle perspective pour les années à venir ?

Les signaux sont contradictoires. Des mobilisations citoyennes émergent, portées par une jeunesse connectée et de moins en moins prête à accepter l’inacceptable. But les gouvernements, eux, jouent souvent la carte du nationalisme culturel, présentant les droits LGBT+ comme une « importation occidentale ». Ce débat-là n’est pas près de s’éteindre. Et pour des milliers de personnes sur le continent, il n’est pas théorique — il est une question de survie.

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