Monique Barbut, la grande oubliée d’un État qui tourne le dos à l’écologie
Son nom ne figure dans aucun discours officiel. Monique Barbut, ancienne directrice exécutive du Fonds pour l’environnement mondial et figure de proue de la lutte contre la désertification à l’ONU pendant plus d’une décennie, est devenue une sorte de symbole involontaire : celui d’une France qui, progressivement, relègue les enjeux environnementaux au rang de préoccupations secondaires.
Une absence qui ne trompe personne
C’est une disparition discrète mais révélatrice. Depuis plusieurs mois, les références à l’action climatique internationale se font rares dans les allocutions présidentielles. Les experts comptent : sur les 47 discours prononcés par l’exécutif au premier trimestre 2024, moins de 8 % mentionnaient explicitement la transition écologique comme priorité gouvernementale. C’est peu. Et ça se voit.
Barbut elle-même, qui a dirigé la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) de 2010 à 2019, a supervisé des accords touchant 168 pays et mobilisé près de 2,3 milliards de dollars en financements climatiques. Son parcours aurait dû faire d’elle une référence constante dans le débat public français. Yet elle reste invisible.
L’écologie reléguée dans les discours officiels
« On assiste à un rétrécissement progressif de la fenêtre politique consacrée aux questions environnementales », confie un conseiller au ministère de la Transition écologique, sous couvert d’anonymat. « Ce n’est pas une rupture franche, mais un glissement. »
Ce glissement n’est pas anodin. Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2023 et les turbulences politiques qui ont suivi, les dossiers climatiques ont été mis en veille au sein des cabinets ministériels. Les postes dédiés ont été réduits. Certains projets de loi sur la biodiversité, attendus pour l’automne 2023, n’ont toujours pas été présentés.
Un signal inquiétant pour les négociations à venir
La France doit pourtant tenir son rang. Elle accueillera en 2025 plusieurs réunions préparatoires à la COP30, prévue au Brésil. Les partenaires internationaux observent. Et certains s’inquiètent ouvertement du manque d’engagement visible de Paris.
Still, quelques voix tentent de maintenir la pression. Des ONG comme Le Réseau Action Climat ou WWF France multiplient les alertes, mais peinent à capter l’attention d’un gouvernement absorbé par les dossiers économiques et migratoires.
L’invisibilité de Monique Barbut n’est pas qu’une injustice symbolique envers une femme qui a consacré sa carrière à des causes vitales. C’est un signal.
Que reste-t-il de l’ambition verte française ?
La question se pose avec une acuité particulière à l’heure où le réchauffement climatique bat des records : 2023 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale, avec une température moyenne supérieure de 1,48 °C aux niveaux préindustriels. La fenêtre pour agir se referme. Et la France, jadis porte-étendard de l’Accord de Paris en 2015, semble avoir changé de cap — sans vraiment le dire.
