Mortalité infantile en hausse : l’IGAS nuance le rôle des fermetures de maternités
La mortalité infantile en France repart à la hausse depuis plusieurs années, et la question des responsabilités fait débat. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié ce mois-ci vient bousculer une idée reçue solidement ancrée dans le débat public : non, la fermeture des petites maternités n’est pas le principal facteur explicatif de cette tendance préoccupante.
Un rapport qui contredit le discours dominant
Depuis des années, élus locaux et associations de défense des services publics en régions agitent le même argument : la disparition des petites maternités met des vies en danger. C’est une rhétorique puissante, émotionnellement parlante. Mais l’IGAS, dans son analyse de plusieurs centaines de cas de décès néonatals et de mortinaissances survenus entre 2018 et 2023, tempère sérieusement ce raccourci. Le rapport indique que la distance à la maternité n’explique qu’une minorité des cas où des défaillances ont été identifiées.
Entre 2012 et 2022, la France est passée d’environ 530 maternités à moins de 460. Dans le même temps, le taux de mortalité infantile, qui avait atteint un plancher historique autour de 3,5 pour mille naissances vivantes en 2012, a recommencé à grimper pour frôler les 4,4 pour mille en 2022, selon les chiffres de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Des causes bien plus complexes
Alors, qu’est-ce qui explique cette hausse ? L’IGAS pointe d’autres facteurs, nettement moins médiatisés. La dégradation des conditions de travail des soignants, le manque de personnel qualifié dans les services de néonatologie, des inégalités sociales et territoriales persistantes dans l’accès aux soins prénataux. Et aussi, plus difficile à entendre, la prévalence croissante de grossesses à risque liée à l’âge maternel plus élevé ou à certaines pathologies chroniques.
« La question n’est pas de défendre les fermetures, mais de comprendre où se situent véritablement les failles du système », a déclaré un responsable au ministère de la Santé, souhaitant garder l’anonymat.
Un débat politique loin d’être clos
Le rapport n’innocente pas pour autant les politiques d’aménagement hospitalier. Still, il demande qu’on cesse de réduire un problème de santé publique complexe à une seule variable. Car en focalisant le débat sur les seules fermetures, on risque de passer à côté des vrais leviers d’action.
Les associations de défense des maternités de proximité, elles, ne comptent pas baisser les bras.
Le ministère de la Santé doit présenter d’ici la fin de l’année un plan national de périnatalité révisé, qui devra tenir compte des conclusions de l’IGAS. Les arbitrages budgétaires s’annoncent serrés. Et derrière chaque chiffre, il y a des familles qui attendent des réponses concrètes.
