RN et AfD : pourquoi la rupture est désormais consommée
Le Rassemblement national a officiellement tourné la page. Après des mois de tensions croissantes, le parti de Marine Le Pen a acté sa rupture avec l’Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême droite allemand, rompant ainsi une alliance européenne qui semblait pourtant solide il y a encore deux ans.
Une décision longuement mûrie
Ce n’est pas un coup de théâtre. Les signaux d’alerte s’accumulaient depuis plusieurs mois au sein des Patriotes pour l’Europe, le groupe parlementaire que les deux partis partageaient au Parlement européen. Mais c’est une série de déclarations fracassantes d’Alice Weidel, la coprésidente de l’AfD, qui a précipité les choses. Ses positions assumées sur la réhabilitation de certaines pages de l’histoire nazie ont été la goutte de trop. Le RN, qui tente depuis des années de se dédiaboliser aux yeux des électeurs français, ne pouvait tout simplement plus se permettre cette association.
Des cadres du RN ont confirmé que la décision avait été prise collégialement, après consultation des instances dirigeantes du parti. « Nous ne partageons pas les mêmes valeurs fondamentales, et continuer à siéger ensemble n’aurait plus aucun sens », a déclaré un responsable du parti sous couvert d’anonymat.
L’AfD, un boulet électoral
Les calculs politiques sont limpides. À moins de 18 mois des prochaines élections législatives françaises, le RN ne veut surtout pas traîner le poids des controverses allemandes. L’AfD est sous surveillance de l’Office fédéral de protection de la Constitution depuis 2021, classifiée comme « suspecte d’extrémisme » dans plusieurs Länder. En Thuringe et en Saxe, elle est même considérée comme « prouvément extrémiste de droite ». Des étiquettes que le RN redoute comme la peste.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : lors des européennes de juin 2024, le RN avait récolté 31,4 % des suffrages en France. Tout ce qui pourrait entamer cette dynamique est considéré comme un risque inacceptable par l’entourage de Jordan Bardella.
Quelle recomposition à droite en Europe ?
La rupture ouvre une période d’incertitude au sein de la droite radicale européenne. Le groupe des Patriotes pour l’Europe, fondé en juillet 2024 avec 84 eurodéputés, va devoir se recomposer. Plusieurs partis membres regardent désormais l’AfD avec la même méfiance que le RN. Le Fidesz hongrois de Viktor Orbán, lui, maintient pour l’instant ses distances, mais observe attentivement.
Still, l’AfD n’t est pas isolée : elle siège dans son propre groupe, l’Europe des nations souveraines (ENS), et compte sur ses 15 eurodéputés pour peser dans les débats.
Et maintenant ?
Le RN devra trouver de nouveaux alliés pour renforcer son poids à Strasbourg. Des discussions seraient en cours avec plusieurs partis d’Europe centrale et méridionale, sans que des noms aient été officiellement communiqués. But une chose est sûre : la recomposition de l’extrême droite européenne est bel et bien lancée, et la France en est désormais l’un des arbitres principaux.
