Russie : Boris Nadejdine, opposant en exil, risque 7 ans de prison
Boris Nadejdine a dû fuir son pays. L’homme politique russe de 63 ans, réfugié en France depuis cet été, participait à une table ronde du Forum Russie-Libertés dans le 11e arrondissement de Paris. Il a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes. Son parcours est singulier : au début des années 2000, il prenait occasionnellement le thé avec Vladimir Poutine, avant d’entrer dans l’opposition en 2003.
Vingt et un ans plus tard, il s’est présenté à l’élection présidentielle. Sa candidature, symbole de l’opposition à la guerre en Ukraine, a été rapidement invalidée par le pouvoir. Les autorités l’ont ensuite déclaré « agent de l’étranger » après l’invalidation de sa candidature aux législatives. C’est à ce moment-là que tout s’est accéléré.
Un départ forcé
« Je n’avais simplement plus le choix. J’ai reçu une convocation du Comité central d’enquête, l’organe responsable des poursuites pénales. La veille, on m’avait signifié l’interdiction de quitter le pays. Mais quand je me suis présenté dans leurs bureaux, en l’espace de quelques heures, mon interdiction de sortie du territoire a disparu des bases de données. » Ses avocats y ont vu un signal : il avait très peu de temps pour quitter le pays. La perspective d’une prison réelle l’a poussé à prendre un vol pour le Kazakhstan avec sa femme, avant d’obtenir un visa pour la France.
« C’était un choc absolu. Honnêtement, je n’avais jamais envisagé de quitter la Russie. Je ne suis plus un jeune homme. Toute ma vie est en Russie : j’y ai construit mon foyer, ma famille, j’y ai mes économies. Je suis inquiet pour mes proches. Je laisse mes parents, très âgés, et mes filles aînées. Ma femme, elle, est obligée de faire des allers-retours, car nous avons deux fils de 12 et 15 ans qui sont encore scolarisés en Russie. »
Des affaires pénales qui s’accumulent
Ses avocats travaillent sur au moins cinq affaires pénales contre lui. Toutes concernent son passé. Par exemple, une vieille interview datant de trois ans dans laquelle il critiquait Poutine est devenue un dossier pour « fausses informations sur l’armée russe ». Il risque sept ans de prison.
Au début de l’année, lors de la présidentielle, il pouvait encore dire que la guerre devait cesser et que Poutine devait partir. Sa candidature a été annulée, mais il était libre et parlait aux médias. Cet été, pendant la campagne législative, il a tenu le même discours. Cette fois, c’était au-delà des nouvelles lignes rouges. L’administration du Kremlin autorise normalement une opposition très faible à participer aux élections. Ce fut le cas au début de sa campagne et de celle de Iabloko, le parti antiguerre. Au départ, sa cote de popularité était de 1 ou 2 %. Mais dès qu’il a parlé contre la guerre et la politique de Poutine, le soutien populaire a augmenté. Sa cote grimpait de 5 % par semaine. Quand elle a atteint environ 12 %, sa candidature a été invalidée.
Après une quarantaine d’années en politique russe, dont un passage au gouvernement, Boris Nadejdine estime qu’il est aujourd’hui impossible d’agir depuis l’intérieur. Il n’est pas certain que Poutine ne quittera jamais le pouvoir. Il discute encore beaucoup avec des officiels russes. Il leur dit qu’ils font fausse route et qu’ils doivent expliquer à Poutine que la guerre détruit son soutien populaire. Certains refusent de lui parler, d’autres acceptent. En exil, sa seule possibilité est de leur faire comprendre que la meilleure solution pour Poutine et pour eux est d’arrêter la guerre. Il pense qu’il est impossible de résoudre la question des territoires aujourd’hui. Il faut laisser cette question aux générations futures. Les Ukrainiens ne céderont pas la Crimée, la Russie ne la rendra pas. Mais il est possible d’arrêter de s’entretuer dès maintenant. Il cite l’exemple de la guerre de Corée, arrêtée il y a longtemps : toujours pas d’accord de paix, mais plus de guerre. C’est, selon lui, une véritable perspective pour l’Ukraine.
