Algorithme de sélection en master : l’université de Créteil joue la transparence
Pour la première fois en France, un master de droit a décidé de lever le voile sur les critères exacts utilisés par son algorithme de sélection des candidats. L’université Paris-Est Créteil (UPEC) franchit un pas inédit dans un système universitaire où la boîte noire algorithmique a longtemps régné sans partage.
Des critères enfin rendus publics
Le master de droit privé de Créteil a publié le détail de sa grille de pondération. Résultats académiques, qualité de la lettre de motivation, cohérence du parcours : chaque élément dispose désormais d’un coefficient précis, consultable par n’importe quel candidat avant même de déposer son dossier. La moyenne générale en licence compte pour 40 % de la note finale, tandis que la spécialité suivie en troisième année pèse 25 %. C’est du jamais vu.
« Nous voulions que les étudiants comprennent pourquoi ils sont acceptés ou refusés, pas qu’ils se retrouvent face à une décision incompréhensible », a déclaré un responsable pédagogique de la formation.
Un contexte de défiance croissante envers Parcoursup
Cette initiative intervient dans un climat tendu. Depuis la réforme de 2018 et la généralisation de Parcoursup, des milliers d’étudiants dénoncent chaque année l’opacité des procédures d’admission en master. Des recours juridiques se multiplient. En 2023, plus de 12 000 candidats ont contesté des refus d’accès en master devant les commissions académiques. Yet le système, dans son ensemble, n’avait jamais vraiment bougé.
Créteil change la donne. Et le timing n’est pas anodin : la publication intervient juste avant l’ouverture de la campagne de candidatures 2024-2025 sur la plateforme Mon Master.
Une initiative isolée ou un modèle à suivre ?
Still, la question se pose : est-ce que d’autres établissements vont suivre ? Pour l’heure, Créteil fait figure d’exception. Plusieurs responsables de masters contactés dans d’autres universités franciliennes ont reconnu ne pas envisager une telle démarche « à court terme ». Les arguments avancés ? La crainte de voir les candidats « optimiser » leur dossier en fonction des critères publiés, ou encore la complexité de certains algorithmes qui rendraient leur traduction publique « techniquement délicate ».
Mais ces réticences agacent les associations étudiantes. Pour la Fage, premier syndicat étudiant, cette transparence devrait être la norme, pas l’exception.
Un débat qui dépasse les amphithéâtres
L’enjeu dépasse largement les murs de l’université de Créteil. La question algorithmique touche à l’équité républicaine du système d’enseignement supérieur français. Qui décide des critères ? Qui les contrôle ? Et surtout, qui en répond ?
Des parlementaires ont déjà annoncé vouloir s’emparer du sujet lors des prochaines discussions budgétaires sur l’enseignement supérieur, prévues à l’automne 2024. Si l’expérience de Créteil convainc, elle pourrait bien servir de base à une obligation légale de transparence pour l’ensemble des formations sélectives françaises.
