« L’Afrique renégate » : un livre qui bouscule les certitudes sur le développement du continent

Depuis plus de soixante ans, les mêmes discours reviennent. L’Afrique regorge de ressources, l’Afrique a de la jeunesse, l’Afrique a du potentiel. Et pourtant. En 2023, selon les données de la Banque mondiale, près de 490 millions de personnes vivent encore sous le seuil de pauvreté sur le continent. Le potentiel, visiblement, ne suffit pas. C’est cette contradiction fondamentale que L’Afrique renégate s’attaque à démanteler, page après page, avec une franchise qui dérange autant qu’elle interpelle.

Un titre provocateur, une thèse assumée

« Renégate » par rapport à qui ? Par rapport aux institutions internationales, aux bailleurs de fonds, aux modèles importés d’Europe ou d’Asie et appliqués sans discernement sur un sol africain. L’auteur, reçu ce mardi dans l’émission phare du Journal de l’Afrique, assume pleinement la charge du mot. Pour lui, l’Afrique doit trahir les injonctions extérieures pour se retrouver elle-même. Ce n’est pas du nationalisme à courte vue. C’est une exigence intellectuelle.

L’ouvrage s’appuie sur des cas précis : l’échec des programmes d’ajustement structurel des années 1980 et 1990, les privatisations mal calibrées, les politiques agricoles conçues à Bruxelles ou à Washington sans consulter un seul paysan du Sahel. Des exemples concrets, datés, chiffrés. Pas de grands discours creux.

La réappropriation comme condition du sursaut

Le cœur du livre tient en une idée simple, mais rarement mise en pratique : les Africains doivent produire leur propre savoir sur l’Afrique. Pas seulement consommer les analyses venues d’ailleurs. Cela passe par les universités, par les centres de recherche, par les médias. Et ça coûte de l’argent. Aujourd’hui, moins de 0,5 % du PIB de la plupart des pays africains est consacré à la recherche et au développement, contre une moyenne mondiale de 2,7 %.

Ce gouffre-là, l’auteur le juge insupportable.

« On ne peut pas prétendre vouloir son indépendance et sous-traiter sa pensée à d’autres », a-t-il déclaré face à la caméra, avec une tranquillité qui tranche avec la virulence du propos. La phrase a résonné. Parce qu’elle dit tout en peu de mots.

Un débat qui dépasse le livre

Mais L’Afrique renégate n’est pas un pamphlet isolé. Il s’inscrit dans un mouvement plus large, visible depuis quelques années, d’intellectuels africains qui refusent de commenter leur continent uniquement depuis des colloques à Paris ou à Londres. Des revues, des podcasts, des maisons d’édition indépendantes émergent à Dakar, Nairobi, Abidjan. Lentement. Trop lentement, diront certains. Mais le mouvement existe.

L’ouvrage est disponible depuis la semaine dernière dans plusieurs librairies francophones d’Afrique de l’Ouest et en version numérique. Les premières réactions sur les réseaux sociaux suggèrent qu’il touche un nerf. Les jeunes diplômés africains, notamment, semblent s’en emparer avec un appétit qu’on ne voyait plus pour un essai politique. C’est peut-être ça, le vrai signal.

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