Drogue dans les cabinets ministériels : le secret de Polichinelle
Au cœur du pouvoir, dans ces couloirs feutrés où se fabriquent les décisions du pays, circule une substance bien plus discrète que les notes de synthèse : la cocaïne. Des témoignages recueillis auprès d’anciens conseillers ministériels dressent le portrait d’un milieu épuisé, sous pression constante, et dans lequel la drogue s’est installée comme un open secret. Personne n’en parle officiellement. Tout le monde sait.
Des témoignages qui s’accumulent
Ils sont conseillers techniques, directeurs de cabinet, chargés de mission. Ils travaillent 70, parfois 80 heures par semaine. Et certains, selon plusieurs sources concordantes, consomment de la cocaïne pour tenir le rythme. « C’est un secret de Polichinelle », résume un ancien membre d’un cabinet parisien, qui a requis l’anonymat. « On en parlait entre nous, mais jamais vers le haut. »
Les témoignages recueillis par Radio France évoquent des lignes sniffées dans des bureaux climatisés, des soirées de décompression qui virent à autre chose, des petites pilules pour rester éveillé lors des arbitrages budgétaires nocturnes. Pas des anecdotes isolées : une réalité structurelle, disent plusieurs interlocuteurs.
La pression comme terreau
Le contexte n’est pas anodin. Les cabinets ministériels sont des environnements d’une intensité rare. Pas de week-end garanti, pas de droit à l’erreur, une exposition médiatique permanente. So quand un collègue propose quelque chose pour « tenir », la tentation est là.
« Ces profils sont souvent issus des grandes écoles, ils ont une image à préserver, une carrière à protéger », explique un médecin addictologue parisien contacté par notre rédaction. « Ils ne consulteront jamais pour un problème de drogue. Le déni est total. »
Les chiffres nationaux donnent une idée de l’ampleur du phénomène global : selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), environ 600 000 personnes consomment de la cocaïne régulièrement en France, avec une surreprésentation dans les milieux socioprofessionnels aisés. Les cabinets ministériels n’échappent pas à la règle.
Une omerta bien gardée
But pourquoi personne ne parle ? La réponse est simple : les risques sont immenses. Perdre son poste, ternir la réputation du ministre, alimenter les adversaires politiques. Autant de raisons de se taire.
Aucun contrôle anti-drogue n’est pratiqué à l’entrée des cabinets. Aucune procédure officielle n’existe pour signaler un problème de ce type. Et aucun ministre en exercice n’a souhaité répondre à nos questions sur le sujet.
La question posée reste entière : l’État peut-il continuer à ignorer ce qui se passe dans sa propre maison ? Des associations de prévention réclament depuis plusieurs années l’instauration de programmes d’accompagnement dans la haute fonction publique. Still, rien ne bouge. La prochaine législature sera peut-être l’occasion d’en parler. Ou pas.
