Libye : les coupures d’électricité font descendre les Tripolitains dans la rue
Depuis plusieurs semaines, Tripoli gronde. Des milliers de Libyens descendent chaque soir dans les rues de la capitale pour dénoncer des coupures d’électricité devenues insupportables — jusqu’à vingt heures sans courant par jour dans certains quartiers, en plein été, avec des températures qui dépassent les 40 degrés. C’est un ras-le-bol populaire rare dans un pays où la contestation publique reste risquée.
Un quotidien devenu cauchemar
Les scènes se répètent de nuit en nuit. Des familles entières sortent avec des bougies, des générateurs vrombissent dans chaque ruelle, et les réseaux sociaux s’enflamment de vidéos montrant des enfants en sueur qui tentent de dormir sur des trottoirs. Les hôpitaux signalent des difficultés à maintenir leurs équipements en marche. Les commerçants, eux, estiment leurs pertes à des centaines de milliers de dinars chaque semaine.
La Compagnie générale d’électricité de Libye pointe un déficit de production de près de 3 000 mégawatts, conséquence directe du vieillissement des infrastructures et du manque d’investissements depuis la chute de Kadhafi en 2011. But le gouvernement de Tripoli, lui, peine à fournir une explication convaincante.
Dbeibah dans la tourmente
Pour Abdelhamid Dbeibah, Premier ministre du Gouvernement d’unité nationale (GNU), la pression est maximale. Son exécutif, déjà contesté par les autorités rivales de l’est du pays soutenues par le maréchal Khalifa Haftar, se retrouve désormais attaqué sur son propre terrain. Et c’est précisément ce qui rend la situation si dangereuse pour lui.
« Le peuple libyen mérite de l’électricité, de l’eau et de la dignité. Nous entendons ces demandes et nous travaillons », a déclaré un responsable du ministère de l’Énergie, sans donner aucun calendrier précis pour des améliorations concrètes.
Yet la rue ne semble plus vouloir attendre. Des manifestants ont bloqué plusieurs axes routiers majeurs et, dans au moins deux incidents distincts, des locaux de la compagnie électrique ont été pris pour cibles. La police a répondu par des tirs de sommation dans au moins un quartier de la banlieue ouest.
Un pays structurellement à bout
La Libye produit pourtant plus d’un million de barils de pétrole par jour. C’est l’un des grands paradoxes du pays : une richesse pétrolière colossale, et des citoyens qui vivent sans électricité fiable depuis des années.
Still, les observateurs restent prudents. Les protestations, aussi intenses soient-elles, se heurtent à une réalité : l’absence d’opposition organisée capable de capitaliser politiquement sur la colère populaire. La fragmentation des forces en présence a toujours profité aux hommes au pouvoir.
So la question reste entière : Dbeibah parviendra-t-il à acheter la paix sociale avec des promesses d’urgence, ou ces nuits de colère marqueront-elles le début d’une déstabilisation plus profonde à Tripoli ? Les prochaines semaines seront décisives.
