Afghanistan : Elise Blanchard photographie des fillettes vendues par leurs parents
Des enfants vendues comme des marchandises. C’est la réalité brutale qu’a documentée la photojournaliste française Elise Blanchard en Afghanistan, dans un reportage qu’elle décrit elle-même comme « le plus dur » de sa carrière. Des fillettes âgées parfois de 6 ou 7 ans, promises à des hommes adultes par des familles acculées par la misère, sous le régime taliban.
Des familles réduites au désespoir
Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, la situation économique en Afghanistan s’est effondrée à une vitesse vertigineuse. Le Programme alimentaire mondial estime que plus de 15 millions d’Afghans souffrent d’insécurité alimentaire aiguë. C’est dans ce contexte de détresse absolue que des pères, parfois des mères, prennent la décision impensable de vendre leurs filles. Pas par indifférence, précise Blanchard. Souvent, pour que le reste de la fratrie survive.
Elle a passé plusieurs semaines dans des provinces reculées, notamment dans le Badakhshan et le Ghor, deux régions parmi les plus pauvres du pays. Elle y a rencontré des familles qui lui ont ouvert leurs portes, avec une confiance fragile, douloureuse.
Un travail photographique d’une rare intensité
Les images qu’elle a rapportées montrent des visages d’enfants qui ne sourient pas. Des yeux qui fixent l’objectif avec une gravité déplacée pour leur âge. Blanchard a choisi de ne pas montrer les transactions elles-mêmes — trop dangereuses à filmer, trop réductrices aussi. But elle a photographié l’avant et l’après : la fillette encore chez ses parents, puis mariée, dans une autre maison, un autre monde.
« Je savais que ces images allaient être difficiles à regarder. C’est exactement pour ça qu’il fallait les faire », a-t-elle confié lors d’une présentation de son travail à Paris.
Un phénomène en forte hausse depuis 2021
Les mariages forcés d’enfants ont augmenté de manière significative depuis la prise de pouvoir des talibans. L’ONG Save the Children a recensé une hausse de 40 % des signalements dans certaines provinces entre 2022 et 2023. And les chiffres réels sont probablement bien au-delà : beaucoup de cas ne sont jamais rapportés, par honte, par peur, ou simplement parce qu’il n’y a personne à qui les signaler.
Un responsable d’une organisation humanitaire internationale, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, a déclaré : « Ce que nous voyons sur le terrain dépasse ce que les statistiques peuvent capturer. Chaque chiffre représente une vie brisée. »
Un reportage qui interroge le rôle des médias
Still, la question reste entière : que faire de ces images ? Elise Blanchard espère que son travail poussera les gouvernements occidentaux à maintenir la pression diplomatique et les financements humanitaires en Afghanistan. Un espoir ténu, dans un contexte géopolitique saturé d’autres crises.
Son reportage sera publié prochainement dans un grand magazine international. Il devrait relancer le débat sur la visibilité des droits des femmes afghanes, trois ans après que le monde a, pour beaucoup, détourné le regard.
