Économie sénégalaise : Al Aminou Lo promet le redressement devant l’Assemblée
Dakar, correspondance — C’est un exercice redouté mais incontournable. Le Premier ministre sénégalais Ahmadou Al Aminou Lo s’est présenté ce mardi devant l’Assemblée nationale pour défendre sa déclaration de politique générale, un grand oral qui engage l’avenir économique du pays. Face à une chambre acquise en majorité au Pastef d’Ousmane Sonko, il a promis de redresser une économie qu’il décrit lui-même comme « gravement fragilisée ».
Un tableau sombre hérité du passé
Le Premier ministre n’a pas mâché ses mots. Dès l’ouverture de son discours, Al Aminou Lo a dressé un bilan accablant de la gestion économique précédente, évoquant un déficit budgétaire qui aurait été dissimulé et qui atteindrait près de 10 % du PIB, bien au-delà des chiffres officiellement communiqués à Bruxelles et à Washington. Des audits commandés depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement auraient révélé des « irrégularités massives » dans les comptes publics. But ces accusations restent encore à vérifier de manière indépendante.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a engagé des négociations avec le Fonds monétaire international. Un accord a été conclu — Al Aminou Lo en a confirmé les grandes lignes — portant sur un programme d’appui budgétaire dont le montant total avoisinerait 1,8 milliard de dollars sur trois ans. Une bouffée d’oxygène, mais qui a un prix.
Des sacrifices annoncés sans détour
Le mot a été prononcé clairement, sans euphémisme. « Des sacrifices seront nécessaires », a déclaré le Premier ministre, sans pour autant détailler précisément lesquels. Réduction des subventions à l’énergie, révision de certaines niches fiscales, maîtrise de la masse salariale de l’État : les pistes évoquées inquiètent déjà les syndicats et une partie de la société civile.
Yet le gouvernement insiste : ces efforts seront « équitablement répartis » et les populations les plus vulnérables seront protégées grâce à des filets sociaux renforcés. Un engagement qui reste, pour l’heure, difficile à mesurer concrètement.
L’Assemblée joue le jeu, pour l’instant
Dans les rangs du Pastef, on a globalement salué la transparence du discours. « C’est un Premier ministre qui dit la vérité aux Sénégalais, et ça, c’est nouveau », a confié un député de la majorité à notre correspondant en marge de la séance.
Still, quelques voix de l’opposition ont critiqué le manque de calendrier précis et l’absence de chiffres détaillés sur les réformes structurelles promises.
Un pari risqué sur la durée
Al Aminou Lo a fixé un cap : retrouver une croissance de 7 à 8 % d’ici 2026, portée notamment par l’exploitation du pétrole et du gaz dont les premières productions sont attendues d’ici la fin de l’année. So tout repose, en partie, sur ce pari énergétique.
Les prochains mois diront si ce plan tient la route. Les Sénégalais, eux, attendent des actes.
