Métaux stratégiques : la France a les atouts mais pas la vision
La France dispose de plusieurs entreprises de rang mondial dans le secteur des métaux stratégiques. Pourtant, le pays peine à transformer cet avantage industriel en véritable levier de puissance économique et géopolitique. Un paradoxe qui agace de plus en plus d’acteurs du secteur.
Des champions qui existent déjà
On l’oublie souvent, mais la France n’est pas démunie. Des groupes comme Eramet, spécialisé dans le manganèse et le nickel, ou encore Imerys, leader mondial des minéraux industriels, génèrent des milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année. Eramet seul emploie plus de 12 000 personnes dans 20 pays. Ce n’est pas rien. And des startups comme Carester, qui travaille sur la séparation des terres rares en Bretagne, montrent que la filière française est capable d’innover.
Ces entreprises existent. Elles investissent. Mais elles le font souvent sans filet, sans vision d’ensemble qui leur permettrait d’anticiper les ruptures du marché mondial.
L’État actionnaire absent du jeu stratégique
Le vrai problème, c’est l’absence de coordination au sommet. Là où la Chine a construit depuis les années 1990 une stratégie d’acquisition et de contrôle des ressources critiques — elle contrôle aujourd’hui près de 60 % de la production mondiale de terres rares — la France improvise. Les décisions sont éparpillées entre Bercy, le ministère de la Transition écologique et le Quai d’Orsay, sans pilote clairement identifié.
« On a des pépites, mais on n’a pas de politique industrielle cohérente pour les protéger et les faire grandir », confie un haut responsable du secteur minier, sous couvert d’anonymat. « C’est frustrant de voir des opportunités passer parce que personne ne tranche. »
Still, des signaux encourageants existent. Le règlement européen sur les matières premières critiques, adopté en 2024, oblige les États membres à identifier leurs besoins et à sécuriser des approvisionnements. La France a jusqu’à 2030 pour extraire sur son sol au moins 10 % de sa consommation annuelle de métaux stratégiques. Un objectif ambitieux, mais loin d’être acquis.
La transition énergétique, une pression supplémentaire
Le calendrier ne pardonne pas. La demande mondiale en lithium devrait être multipliée par six d’ici 2040 selon l’Agence internationale de l’énergie, portée par l’essor des batteries électriques. Le cobalt, le nickel, le cuivre — autant de matériaux dont l’Europe et la France auront besoin en quantités massives pour réussir leur décarbonation.
So l’urgence est réelle. Et les retards accumulés pourraient coûter cher.
Vers une stratégie nationale enfin lisible ?
Des voix s’élèvent pour réclamer la création d’une agence dédiée aux métaux critiques, sur le modèle de ce qu’ont fait les États-Unis avec le Critical Minerals Institute. But cette idée, évoquée depuis plusieurs années dans les couloirs de Bercy, n’a pas encore débouché sur des décisions concrètes. La France a les moyens de jouer dans la cour des grands sur les métaux stratégiques. Il lui reste à décider qu’elle veut vraiment le faire.
