Le Match de la mort : quand la propagande soviétique réécrit l’histoire

Le 9 août 1942, au stade Zenit de Kiev, une équipe de footballeurs ukrainiens aurait battu une formation allemande avant d’être fusillés pour leur victoire. Cette légende du „Match de la mort” a traversé les décennies, symbole de résistance face à l’occupant nazi. Sauf que les archives racontent une toute autre histoire.

Un mythe forgé par Staline

Pendant l’occupation allemande de Kiev, plusieurs matchs ont effectivement opposé le FC Start – composé d’anciens joueurs du Dynamo Kiev travaillant dans une boulangerie – à diverses équipes, dont des formations allemandes. Le FC Start a gagné ces rencontres, dont une face au Flakelf, l’équipe de la Luftwaffe, par 5 buts à 3. Mais les joueurs n’ont pas été immédiatement exécutés.

„L’histoire telle qu’elle a été racontée par la propagande soviétique relève davantage du roman que de la réalité historique”, explique un historien spécialisé dans la Seconde Guerre mondiale. „Certains joueurs ont été arrêtés des semaines plus tard, pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec le football.”

Une réalité plus complexe

En réalité, quatre joueurs du FC Start ont été déportés et trois sont morts en détention. Mais pas pour avoir gagné un match. Nikolaï Korotkikh, l’un des footballeurs, avait des liens avec la résistance soviétique. D’autres furent arrêtés lors de rafles générales. Certains joueurs ont même survécu à la guerre et raconté leur version des faits – bien différente du mythe officiel.

La Gestapo ne s’intéressait guère au football. Elle traquait les partisans.

Pourquoi ce mensonge ?

Après 1945, Staline avait besoin d’histoires héroïques pour renforcer la cohésion soviétique. Le sport offrait un récit parfait : des Ukrainiens loyaux à l’URSS, préférant la mort au déshonneur d’une défaite. Des films, des livres et des monuments ont immortalisé cette version, dont un célèbre long-métrage de 1962 intitulé „Le Troisième mi-temps”.

Cette manipulation de l’Histoire s’inscrivait dans une stratégie plus large de contrôle des récits nationaux. Les autorités soviétiques ont systématiquement embelli ou inventé des épisodes de résistance pour légitimer leur pouvoir.

Un héritage qui persiste

Aujourd’hui encore, le mythe du Match de la mort circule. Un monument se dresse à Kiev, et l’histoire continue d’être enseignée comme un fait avéré dans certains pays. Yet les historiens tentent de rétablir la vérité, scrutant les archives allemandes et soviétiques désormais accessibles. La réalité, moins héroïque mais plus humaine, mérite d’être connue. Ces joueurs n’étaient pas des martyrs du football, mais des hommes pris dans la tourmente d’une guerre totale.

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